Combien de foodtrucks tournent réellement en France ? La question paraît simple, mais aucune source publique ne l'avait jusqu'ici tranchée avec une méthodologie vérifiable. Les chiffres en circulation oscillent entre 600 et 3 500, sans source citable. En s'appuyant sur le nouveau code INSEE 5612Y "Activités de service de restauration mobile" — créé spécifiquement pour ce secteur et diffusé par anticipation depuis décembre 2025 — cette étude propose le premier comptage public et reproductible : 4 370 foodtrucks actifs en France au stock du 1er avril 2026, à partir des données publiées par l'INSEE sur data.gouv.fr.
Le secteur du food truck souffre d'un paradoxe statistique. Tout le monde en parle, presque personne ne le compte sérieusement. Quand on cherche "combien de food-trucks en France" sur le web, on tombe sur des chiffres qui s'étalent de 600 à plus de 3 500, parfois plus, sans qu'aucune source ne précise comment ils ont été obtenus. Les sites d'accompagnement à la création reprennent les mêmes 700 ou 750 depuis dix ans. Les blogs sectoriels avancent "plus de 3 500" sans citer d'origine. Les cabinets privés vendent leurs études sectorielles entre 99 € et plusieurs milliers d'euros.
Cette opacité tient à une raison technique précise. Jusqu'à fin 2025, l'INSEE ne disposait pas d'un code d'activité (NAF) spécifique pour les foodtrucks. Le secteur était noyé dans le code 5610C "Restauration de type rapide", qui agrège indistinctement les sandwicheries fixes, les kebabs, les friteries, les food trucks et toute autre forme de fast-food. Compter les food-trucks à partir de 5610C, c'est comme chercher les bons restaurants uniquement dans le Guide Michelin : on en trouve, mais on rate la moitié du terrain.
La situation a changé en décembre 2025. L'INSEE, dans le cadre de la révision de la nomenclature d'activité française (NAF 2025), a créé un code dédié : 5612Y "Activités de service de restauration mobile". Ce code regroupe spécifiquement les restaurants ambulants et foodtrucks, à l'exclusion des structures fixes. Diffusé par anticipation à titre informatif depuis le 16 décembre 2025 dans la base Sirene, il deviendra officiellement applicable au 1er janvier 2027.
Cette étude exploite cette fenêtre. En filtrant l'ensemble des établissements actifs au stock Sirene du 1er avril 2026 sur le code 5612Y, elle propose un premier comptage public, reproductible et téléchargeable des food trucks en France.
Le résultat — 4 370 — n'est ni un scoop chiffré, ni un point d'arrivée. C'est un point de référence, posé avec une méthodologie vérifiable, à confronter au terrain. Les pages qui suivent détaillent ce que ce chiffre dit, ce qu'il ne dit pas, et présentent sa distribution sur le territoire national.
Au 1er avril 2026, la base Sirene de l'INSEE recense 4 370 établissements actifs classés sous le code NAF 2025 5612Y "Activités de service de restauration mobile". Ces établissements sont portés par 4 310 unités légales distinctes — autrement dit, le ratio entreprise/établissement est de 1,01.
À noter : la définition INSEE du code 5612Y couvre l'ensemble de la restauration mobile, incluant aussi bien les véhicules motorisés (camions, fourgons aménagés) que les foodtrailers (remorques tractées). Tout au long de cette étude, le terme générique "food truck" désigne donc indistinctement ces deux configurations.
Ces 4 370 établissements sont implantés dans 2 502 communes différentes, soit un peu plus de 7 % des 35 000 communes françaises. À l'échelle nationale, cela représente une densité de 6,45 foodtrucks pour 100 000 habitants, soit environ un food-truck pour 15 500 habitants.
Aucune des sources publiques disponibles à la date de publication ne s'appuie sur la nouvelle classification 5612Y. Voici un récapitulatif des chiffres en circulation :
| Source | Période | Chiffre annoncé | Méthodologie |
|---|---|---|---|
| Sites d'accompagnement bancaires | 2021-2024 | 600 à 700 | Aucune source citée |
| Sites d'analyses sectorielles | 2022 | 750 (estim. 2020) | Aucune source citée |
| Blogs sectoriels | 2023-2025 | "plus de 3 500" | "Selon les dernières statistiques" |
| Études privées sur catalogue | 2024 | 99 € à plusieurs milliers d'€ | Privée, méthodo non publique |
| Sirene 5612Y (cette étude) | avril 2026 | 4 370 | INSEE, méthodologie publique |
Le chiffre obtenu se situe au-dessus des estimations basses (600-750) qui apparaissent désormais clairement obsolètes ou minorantes, et légèrement supérieur aux estimations hautes des blogs sectoriels — sans qu'aucune de ces sources n'expose de méthodologie publique vérifiable.
Trois précautions méthodologiques sont à exposer franchement.
Sirene est un registre légal, pas un capteur d'activité réelle. La base Sirene est tenue par l'INSEE pour recenser l'ensemble des entreprises et établissements légalement immatriculés en France. C'est sa vocation officielle, et c'est précisément ce qui en fait la seule source publique exhaustive et reproductible pour ce type d'étude. Mais Sirene ne mesure pas le rythme d'activité. Un food truck immatriculé peut tourner à plein temps comme deux week-ends par an. Un porteur de projet qui a immatriculé un foodtruck en 2022 sans jamais le sortir, puis a abandonné sans formaliser de cessation, reste "actif" dans Sirene. Ces "fantômes statistiques" représentent dans tous les secteurs une part non négligeable du stock affiché. La présente étude répond donc à la question "combien d'établissements food truck légalement existants en France au 1er avril 2026" — pas "combien de food trucks tournent effectivement chaque semaine".
Le 5612Y est un code en migration. Diffusé en anticipation depuis seulement quatre mois, il est attribué progressivement aux établissements existants. 94,7 % des food trucks aujourd'hui classés 5612Y l'étaient précédemment en 5610C. La migration est donc bien engagée, mais on ne peut pas exclure qu'un nombre indéterminé de foodtrucks réels demeurent encore dans le 5610C non migré, sans visibilité directe possible.
Et plus largement, le code APE n'est pas un indicateur fiable de l'activité réelle. L'INSEE attribue le code APE à la création de l'entreprise, sur la base de la déclaration du créateur. Il n'est pas vérifié ensuite, et n'est modifié que sur demande explicite de l'entrepreneur. Cela conduit à une dispersion importante des codes pour des activités pourtant identiques. Une illustration concrète, issue du terrain :
Trois food trucks itinérants, identifiés dans le cadre de mon activité de consultant, exercent rigoureusement la même activité : ils proposent exactement la même spécialité culinaire, servie depuis un véhicule, sur des emplacements changeants (marchés, festivals, événements privés, places publiques). Mêmes plats, même mode de cuisson, même mode de service, même clientèle. Ce sont, à toutes fins pratiques, le même métier.
Pourtant, ils sont aujourd'hui classés sous trois codes APE différents :
Aucun des trois n'est en 5612Y. Aucun des trois ne sera donc compté dans cette étude. Et leur cas n'a rien d'exceptionnel : il illustre la situation d'un nombre indéterminé mais probablement significatif de foodtrucks réellement actifs, mal classés à la création de leur entreprise et jamais reclassés depuis.
Cette dispersion explique pourquoi 4 370 doit être lu comme un plancher statistique, et non comme un total absolu. La référence reste valable, reproductible et citable — c'est précisément l'objet de cette étude — mais elle s'inscrit dans une réalité plus large que ne capte aucune méthodologie purement déclarative.
L'écart entre le 4 370 statistique de Sirene et l'observation terrain n'est pas un désaveu de l'un ou de l'autre : il révèle simplement la zone aveugle qu'aucun consultant national ne couvre physiquement. Cette zone aveugle s'explique par plusieurs segments invisibles depuis le terrain :
Inversement, les "fantômes statistiques" Sirene tirent le chiffre vers le haut. Mon estimation terrain, avant publication de cette étude, situait l'activité réelle régulière autour de 3 000 foodtrucks. Les prochaines mises à jour, après application officielle du NAF 2025 et reclassement progressif des food trucks encore en 5610C, permettront d'affiner ce constat.
Trois caractéristiques structurelles ressortent de l'analyse.
Activité quasi-systématiquement en solo. Sur 4 370 établissements, 3 547 (81,2 %) n'emploient aucun salarié. Seuls 823 établissements (18,8 %) déclarent au moins un salarié. La grande majorité des food trucks français sont portés par des micro-entrepreneurs ou des entrepreneurs individuels en mode solo, avec recours occasionnel à des extras et CDD courts pour les périodes de pointe — recours qui n'apparaît pas systématiquement dans Sirene, qui ne capte que la situation à date de la dernière déclaration.
Activité principale, pas diversification. 93,8 % des établissements sont des sièges sociaux — c'est-à-dire l'établissement principal de leur entreprise, et non un établissement secondaire. Le foodtruck n'est presque jamais une diversification d'une autre activité fixe : c'est l'activité-cœur du porteur de projet.
Une absence quasi totale de chaînes et de franchises. Avec 4 310 entreprises pour 4 370 établissements, le ratio est de 1,01 — pratiquement un food truck par entreprise distincte. Les structures multi-établissements sont l'exception, pas la règle.
Pourquoi le food truck résiste-t-il à la franchise ? Cette absence de franchisation est l'une des caractéristiques les plus spécifiques du secteur food-truck, et probablement la plus mal comprise par les porteurs de projet qui rêvent de "déployer leur concept". Plusieurs raisons structurelles se combinent.
L'emplacement n'est pas reproductible. Chaque ville, chaque marché, chaque festival a sa logique d'attribution propre. Pas de bail commercial transposable, pas de réseau de spots qu'on pourrait dupliquer en franchise. Là où McDonald's ou Subway peuvent ouvrir 50 restaurants sur le même modèle, un réseau de foodtrucks doit reconquérir chaque emplacement individuellement, avec ses propres autorisations, ses propres contraintes municipales, ses propres concurrents locaux.
L'opérateur EST le produit. Le client ne revient pas pour la marque, il revient pour la personne, pour son contact, pour la qualité de son rapport humain. Un franchisé qui n'est pas le créateur n'a pas la même légitimité — et le client le sent en quelques minutes.
Le métier impose des contraintes horaires extrêmes. Préparation matinale, service midi et/ou soir, démontage, déplacement, comptabilité, achats, ménage, maintenance véhicule. Un food truck, c'est un commerce, une cuisine, un atelier mécanique et une PME logistique en une seule activité, et tout repose sur la même personne. Cette polyvalence demande une rigueur accrue qui se transmet difficilement à un salarié — encore moins à un franchisé.
Un facteur structurel s'ajoute, rarement formalisé : la supervision opérationnelle d'un second point de vente est un métier à part entière. Dès qu'on délègue le service à un salarié, le propriétaire perd la maîtrise directe des flux — approvisionnement, encaissement, relation client — sans pour autant pouvoir être présent sur deux fronts simultanément. Le coût d'un salarié compétent et autonome (autour de 3 000 à 3 500 €/mois chargés pour un profil qualifié) pèse structurellement sur la rentabilité d'un second point de vente dont le chiffre d'affaires reste aléatoire par nature.
Ces facteurs cumulés expliquent pourquoi, dix ans après l'arrivée du concept en France, le secteur reste structurellement composé de TPE indépendantes.
Précision méthodologique. Sirene capte la relation entreprise → établissement, mais pas les liens holding → filiales. Si une enseigne se structurait avec une holding et plusieurs SAS distinctes (une par truck), le comptage en verrait plusieurs entreprises indépendantes. Le ratio 1,01 sous-estime donc à la marge la concentration réelle. Mais à la marge seulement : si de vraies chaînes existaient en nombre, elles seraient identifiables publiquement, et elles ne le sont pas. Le constat tient.
L'acquisition d'un véhicule food-truck équipé en France en 2026 oscille typiquement entre 20 000 € et 110 000 €, certaines configurations haut de gamme dépassant ce plafond. La fourchette est si large parce que les configurations possibles sont innombrables : véhicule utilitaire d'occasion en fin de vie pour valider un marché à très petit budget, remorque tractée légère, food truck neuf équipé professionnellement, camion vintage rénové, foodtruck haut de gamme avec cuisine professionnelle complète.
Les sites sectoriels qui annoncent un chiffre unique de "50 000 €" ne reflètent ni la diversité réelle des projets observés sur le terrain, ni les stratégies progressives qu'adoptent fréquemment les porteurs de projet (commencer petit pour valider, monter en gamme ensuite). Le coût d'acquisition du véhicule reste par ailleurs un poste parmi d'autres dans le budget global d'ouverture, qui intègre également l'équipement complémentaire, l'immatriculation, les frais juridiques, les assurances, le fonds de roulement initial et le premier stock.
La saisonnalité du secteur n'est pas mesurée par Sirene mais l'observation terrain permet d'esquisser un schéma type : un food truck pur travaille à plein régime d'avril à octobre, période qui combine la saison des événements (festivals, mariages, séminaires d'été, fêtes communales) et les emplacements fixes (marchés, places, zones d'activité). Le reste de l'année, l'activité se concentre sur les emplacements fixes, avec un recours moindre aux extras. Cette saisonnalité explique en partie pourquoi le secteur est compatible avec une activité solo : la charge de travail estivale est intense, mais elle est calibrée pour un opérateur unique.
La répartition du stock actif par année de création de l'établissement révèle une présence importante des cohortes récentes :
| Période de création | Établissements actifs au 1er avril 2026 | Part du stock |
|---|---|---|
| Avant 2010 | 341 | 7,8 % |
| 2010-2014 | 615 | 14,1 % |
| 2015-2019 | 941 | 21,5 % |
| 2020-2023 | 790 | 18,1 % |
| 2024-2025 | 1 204 | 27,6 % |
| 2026 (4 mois) | 479 | 11,0 % |
Près de 40 % du stock actif a été créé entre janvier 2024 et avril 2026, soit sur les 30 derniers mois.
Une réserve méthodologique majeure s'impose. Ces chiffres ne mesurent pas les flux de création annuels. Ils mesurent le stock survivant par cohorte au 1er avril 2026. Plus une cohorte est ancienne, plus elle a été érodée par les fermetures intermédiaires. La forte représentation des cohortes 2024-2026 reflète à la fois une dynamique de création récente et un effet mécanique de moindre érosion (ces cohortes n'ont pas eu le temps de subir leur taux normal de fermeture).
L'étude ne peut donc pas trancher seule entre ces deux explications. Affirmer un "boom" des créations 2024-2025 serait excessif au regard de la donnée seule. Tout ce qu'on peut dire avec certitude, c'est que le stock actif intègre une vague d'entrants récente d'ampleur statistique significative, dont la composante "vraies créations" devra être mesurée par d'autres approches (notamment l'analyse des flux BODACC sur 2024-2025, qui pourra faire l'objet d'une étude ultérieure).
La distribution territoriale des foodtrucks ne ressemble ni à celle de la population française, ni à celle de la restauration en général. Lue à deux échelles — en valeur absolue puis en densité par habitant — elle révèle des dynamiques régionales et urbaines qu'aucune publication n'avait jusqu'ici cartographiées sur la base d'une donnée officielle.
Les 2 502 communes qui hébergent au moins un food truck représentent un peu plus de 7 % des communes françaises. Mais cette implantation est très inégale. Dix départements concentrent à eux seuls 1 333 food-trucks, soit 30,5 % du total national.
| Rang | Dépt | Nom | Foodtrucks |
|---|---|---|---|
| 1 | 13 | Bouches-du-Rhône | 244 |
| 2 | 75 | Paris | 213 |
| 3 | 31 | Haute-Garonne | 147 |
| 4 | 83 | Var | 137 |
| 5 | 33 | Gironde | 132 |
| 6 | 93 | Seine-Saint-Denis | 130 |
| 7 | 59 | Nord | 111 |
| 8 | 69 | Rhône | 105 |
| 9 | 34 | Hérault | 104 |
| 10 | 06 | Alpes-Maritimes | 103 |
La carte est sans surprise méditerranéenne et urbaine : les Bouches-du-Rhône en tête, suivies de Paris, de la Haute-Garonne (Toulouse), du Var (Toulon-Hyères), de la Gironde (Bordeaux), de la Seine-Saint-Denis (banlieue parisienne), du Nord (Lille), du Rhône (Lyon), de l'Hérault (Montpellier) et des Alpes-Maritimes (Nice). On y reconnaît la France des grandes métropoles et de l'arc méditerranéen.
| Rang | Région | Foodtrucks | Part nationale |
|---|---|---|---|
| 1 | Île-de-France | 741 | 17,0 % |
| 2 | Provence-Alpes-Côte d'Azur | 567 | 13,0 % |
| 3 | Occitanie | 542 | 12,4 % |
| 4 | Auvergne-Rhône-Alpes | 475 | 10,9 % |
| 5 | Nouvelle-Aquitaine | 427 | 9,8 % |
| 6 | Hauts-de-France | 290 | 6,6 % |
| 7 | Grand Est | 275 | 6,3 % |
| 8 | Bretagne | 199 | 4,6 % |
| 9 | Pays de la Loire | 170 | 3,9 % |
| 10 | Normandie | 155 | 3,5 % |
| 11 | Bourgogne-Franche-Comté | 114 | 2,6 % |
| 12 | Centre-Val de Loire | 105 | 2,4 % |
| 13 | La Réunion | 74 | 1,7 % |
| 14 | Guadeloupe | 65 | 1,5 % |
| 15 | Corse | 52 | 1,2 % |
| 16 | Guyane | 50 | 1,1 % |
| 17 | Martinique | 49 | 1,1 % |
| 18 | Mayotte | 9 | 0,2 % |
L'Île-de-France domine (17 %), mais sans surreprésentation : la région concentre 18,3 % de la population française, sa part de food-trucks est donc strictement proportionnelle. PACA en deuxième position (13 %) est en revanche très au-dessus de son poids démographique (7,6 % de la population française) — le secteur foodtruck y est sur-représenté de plus de 70 % par rapport à la population. L'Occitanie suit le même schéma (12,4 % des food trucks pour 9,1 % de la population).
L'arc méditerranéen Occitanie + PACA totalise à lui seul 1 109 foodtrucks, soit 25,4 % du total national, pour 16,7 % de la population. C'est l'épicentre français du secteur.
La lecture en valeur absolue montre où sont les food trucks. La lecture en densité montre où ils sont proportionnellement les plus présents. C'est cette deuxième lecture qui révèle les dynamiques territoriales les plus parlantes.
| Rang | Région | Densité /100k hab | Foodtrucks |
|---|---|---|---|
| 1 | Guyane | 17,44 | 50 |
| 2 | Guadeloupe | 17,26 | 65 |
| 3 | Corse | 14,62 | 52 |
| 4 | Martinique | 13,66 | 49 |
| 5 | Provence-Alpes-Côte d'Azur | 11,03 | 567 |
| 6 | Occitanie | 8,78 | 542 |
| 7 | La Réunion | 8,48 | 74 |
| 8 | Nouvelle-Aquitaine | 7,00 | 427 |
| — | Moyenne France | 6,45 | 4 370 |
| 9 | Île-de-France | 5,98 | 741 |
| 10 | Bretagne | 5,84 | 199 |
| 11 | Auvergne-Rhône-Alpes | 5,80 | 475 |
| 12 | Grand Est | 4,95 | 275 |
| 13 | Hauts-de-France | 4,85 | 290 |
| 14 | Normandie | 4,66 | 155 |
| 15 | Pays de la Loire | 4,40 | 170 |
| 16 | Centre-Val de Loire | 4,09 | 105 |
| 17 | Bourgogne-Franche-Comté | 4,09 | 114 |
| 18 | Mayotte | 2,80 | 9 |
Quatre observations en ressortent.
Les territoires d'Outre-mer sont les plus densément équipés en food-trucks de France, à l'exception notable de Mayotte (où la sous-déclaration légale est probablement massive : 9 établissements officiels pour un territoire de 320 000 habitants où l'activité informelle de restauration mobile est pourtant connue pour être importante). Guyane, Guadeloupe et Martinique enregistrent toutes des densités entre 13 et 17 foodtrucks pour 100 000 habitants — soit deux à trois fois la moyenne nationale. Cette surdensité s'explique par des facteurs structurels : climat favorable à l'année, restauration de rue inscrite dans la culture locale (le "snack" antillais, les barbecues de bord de route guyanais, les food trucks créoles réunionnais), tissu de PME-restauration moins dense que dans l'Hexagone qui laisse plus de place à la restauration mobile.
La Corse arrive en 3ᵉ position avec 14,6 food trucks pour 100k habitants, tirée à la fois par la Corse-du-Sud (densité départementale de 20,8/100k, championne nationale) et par la Haute-Corse (9,1/100k). L'effet combiné du tourisme estival massif et d'une population permanente faible explique ce classement.
PACA est la première région métropolitaine continentale, avec 11 food-trucks pour 100 000 habitants — densité presque deux fois supérieure à la moyenne nationale (6,45). Cette sur-représentation s'explique par plusieurs facteurs cumulés. Au-delà du climat favorable à l'année qui légitime l'activité en plein air, la région bénéficie d'un régime alimentaire méditerranéen historiquement compatible avec la restauration rapide ambulante (panini, pan-bagnat, pissaladière, pizza). La place du camion-pizza y est plus présente qu'ailleurs en métropole : l'enracinement culturel du concept y précède même de plusieurs décennies la mode "food truck" venue des États-Unis dans les années 2010. Suivent Occitanie (8,78) et Nouvelle-Aquitaine (7,00).
L'Île-de-France n'est qu'à la 9ᵉ place régionale en densité (5,98), légèrement sous la moyenne nationale. Malgré ses 741 foodtrucks en valeur absolue, la région est sous-équipée par rapport à sa population. Plusieurs facteurs cumulés expliquent ce paradoxe :
L'Île-de-France a beaucoup de food trucks parce qu'elle a beaucoup d'habitants. Elle n'en a pas plus que sa population ne le supposerait — et elle en aurait probablement davantage si la régulation et la pression économique sur les emplacements n'étouffaient pas le potentiel latent de la région.
Le top 20 des départements par densité fait remonter des territoires absents de la lecture en valeur absolue :
| Rang | Dépt | Nom | Foodtrucks | Pour 100k hab |
|---|---|---|---|---|
| 1 | 2A | Corse-du-Sud | 35 | 20,78 |
| 2 | 973 | Guyane | 50 | 17,44 |
| 3 | 971 | Guadeloupe | 65 | 17,26 |
| 4 | 972 | Martinique | 49 | 13,66 |
| 5 | 65 | Hautes-Pyrénées | 29 | 12,82 |
| 6 | 83 | Var | 137 | 12,64 |
| 7 | 13 | Bouches-du-Rhône | 244 | 11,89 |
| 8 | 09 | Ariège | 16 | 10,38 |
| 9 | 75 | Paris | 213 | 10,13 |
| 10 | 31 | Haute-Garonne | 147 | 10,11 |
| 11 | 82 | Tarn-et-Garonne | 27 | 10,05 |
| 12 | 84 | Vaucluse | 55 | 9,74 |
| 13 | 66 | Pyrénées-Orientales | 47 | 9,55 |
| 14 | 06 | Alpes-Maritimes | 103 | 9,37 |
| 15 | 05 | Hautes-Alpes | 13 | 9,14 |
| 16 | 11 | Aude | 34 | 9,08 |
| 17 | 30 | Gard | 69 | 9,08 |
| 18 | 2B | Haute-Corse | 17 | 9,07 |
| 19 | 04 | Alpes-de-Haute-Provence | 15 | 8,94 |
| 20 | 34 | Hérault | 104 | 8,57 |
Plusieurs lectures émergent.
Les départements ruraux pyrénéens sont étonnamment denses. Les Hautes-Pyrénées (12,82), l'Ariège (10,38) et les Pyrénées-Orientales (9,55) figurent toutes dans le top 13 français. Ces territoires faiblement peuplés et fortement saisonniers (tourisme estival, stations de sports d'hiver, festivals d'été) accueillent un nombre de food-trucks nettement disproportionné à leur population permanente.
Tout le pourtour méditerranéen est en sur-densité. Du Var aux Pyrénées-Orientales en passant par les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse, l'Hérault, le Gard et l'Aude, l'ensemble des départements littoraux et arrière-littoraux méditerranéens présentent des densités comprises entre 8,5 et 12,5 — toutes nettement au-dessus de la moyenne nationale.
Paris et la Haute-Garonne, présents dans le top 10 absolu, restent dans le top 10 densité (respectivement 10,13 et 10,11), confirmant que ces deux territoires combinent volume et intensité du secteur.
À l'échelle communale, 2 502 communes accueillent au moins un foodtruck, mais une vingtaine concentre l'essentiel du volume.
| Rang | Commune | Foodtrucks |
|---|---|---|
| 1 | Paris | 213 |
| 2 | Marseille | 72 |
| 3 | Toulouse | 57 |
| 4 | Nice | 36 |
| 5 | Lyon | 34 |
| 6 | Bordeaux | 31 |
| 7 | Lille | 23 |
| 8 | Toulon | 20 |
| 9 | Montpellier | 18 |
| 10 | Cayenne | 17 |
| 10 | Nantes | 17 |
| 10 | Strasbourg | 17 |
| 13 | Aix-en-Provence | 15 |
| 14 | Salon-de-Provence | 14 |
| 14 | Perpignan | 14 |
| 14 | Montreuil | 14 |
| 14 | Grenoble | 14 |
| 18 | Ajaccio | 13 |
| 19 | Saint-Denis (93) | 12 |
| 19 | Saint-Denis (974) | 12 |
| 19 | Les Abymes | 12 |
| 19 | Annecy | 12 |
| 19 | Avignon | 12 |
| 19 | Vitrolles | 12 |
| 25 | Rennes | 11 |
Si l'on rapporte le nombre de food trucks à la population communale, certaines villes apparaissent comme particulièrement intenses :
| Commune | Population | Foodtrucks | Pour 100k hab |
|---|---|---|---|
| Cayenne | 65 493 | 17 | 25,96 |
| Ajaccio | 73 767 | 13 | 17,62 |
| Bordeaux | 263 661 | 31 | 11,76 |
| Toulouse | 504 078 | 57 | 11,31 |
| Toulon | 178 745 | 20 | 11,19 |
| Nice | 348 085 | 36 | 10,34 |
| Aix-en-Provence | 147 122 | 15 | 10,20 |
| Paris | 2 102 650 | 213 | 10,13 |
| Lille | 234 475 | 23 | 9,81 |
| Marseille | 873 076 | 72 | 8,25 |
| Lyon | 522 969 | 34 | 6,50 |
| Strasbourg | 287 228 | 17 | 5,92 |
| Montpellier | 308 949 | 18 | 5,83 |
| Nantes | 320 732 | 17 | 5,30 |
| Rennes | 222 485 | 11 | 4,94 |
Cayenne ressort très nettement avec une densité de 26 foodtrucks pour 100 000 habitants — soit quatre fois la moyenne nationale. Ajaccio suit à 17,6/100k. Les villes méditerranéennes (Toulon, Nice, Aix-en-Provence) et atlantiques (Bordeaux) sont nettement au-dessus de la moyenne française. Lyon, Strasbourg, Montpellier, Nantes et Rennes sont en revanche sous la moyenne nationale — paradoxalement pour des métropoles dynamiques qui semblent culturellement compatibles avec le concept du food truck.
Question ouverte sur les métropoles continentales. Ce constat interroge. Lyon, Nantes et Rennes sont des villes universitaires à fort potentiel jeune adulte, segment naturellement réceptif au food-truck. Leur sous-densité par rapport à la moyenne nationale n'a pas d'explication évidente issue de la donnée seule. Les hypothèses méritent d'être explorées dans une étude qualitative ultérieure : politiques municipales restrictives, syndicats de commerçants sédentaires actifs, densité de la restauration fixe traditionnelle protégée par des marchés couverts historiques, concurrence directe de la livraison étudiante, absence de demande structurée. Cette anomalie statistique est l'une des découvertes de l'étude qui mériterait, à elle seule, un travail de terrain dédié.
Cayenne ressort très nettement avec une densité de 25,96 food trucks pour 100 000 habitants — quatre fois la moyenne nationale. Cette intensité s'explique par un faisceau de facteurs liés à la situation géographique et culturelle de la Guyane.
La Guyane partage une longue frontière avec le Suriname, pays voisin caractérisé par une diversité culinaire exceptionnelle issue d'une histoire d'immigrations multiples : créoles, africains, indiens, javanais, chinois, hollandais. Cette mosaïque culturelle a façonné une culture de la street-food extrêmement développée — au Suriname, "on mange à toute heure" et la diversité culinaire de Paramaribo est documentée comme l'une des plus riches du continent sud-américain.
La proximité géographique et les flux migratoires ont importé en Guyane française une partie de cette culture culinaire. La Guyane elle-même cumule plus de 25 communautés culturelles différentes (créoles, bushinengués, amérindiens, Hmong, javanais, chinois, brésiliens, surinamais, libanais), ce qui fait de Cayenne et de ses communes voisines un terreau particulièrement favorable à la restauration mobile : variété culinaire constante, demande locale forte pour le format street-food, climat tropical à l'année, faible présence des grandes chaînes de restauration rapide industrielles, économie locale moins formalisée que dans l'Hexagone qui laisse plus d'espace à l'initiative individuelle.
Cayenne n'est donc pas une anomalie statistique : c'est une expression cohérente de la géographie culturelle guyanaise.
Une particularité statistique mérite mention. Lorsqu'on agrège les communes par nom, "Saint-Denis" apparaît avec 24 food trucks. Mais ce comptage masque une réalité géographique double : 12 food trucks à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et 12 food trucks à Saint-Denis (La Réunion). Symboliquement, on retrouve ici la double identité française du secteur : urbaine continentale d'un côté, ultramarine de l'autre. Et statistiquement, on rappelle pourquoi un comptage par libellé seul, sans code commune INSEE, conduit à des biais — c'est un des garde-fous méthodologiques que cette étude a appliqués systématiquement.
L'intégralité des données de cette étude provient d'un seul jeu officiel : la Base Sirene des entreprises et de leurs établissements, tenue par l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) et mise à disposition sur data.gouv.fr.
Le fichier StockEtablissement (≈ 40 millions de lignes, 9,85 Go au format CSV décompressé) a été téléchargé dans son intégralité, traité localement avec le moteur de base de données DuckDB, puis filtré sur les critères décrits ci-dessous.
Les enregistrements retenus pour l'étude répondent simultanément à trois critères :
activitePrincipaleNAF25Etablissement = '56.12Y'
AND etatAdministratifEtablissement = 'A'
AND statutDiffusionEtablissement != 'P'
En clair :
Une attention particulière a été apportée à deux points techniques courants dans le traitement des données Sirene :
Préservation des zéros initiaux des codes communes INSEE. Les codes communes français des départements 01 à 09 commencent par un zéro (par exemple Grasse = 06069, Bourg-en-Bresse = 01053). Lorsque ces codes sont auto-typés comme nombres par certains outils de traitement (tableurs, certains imports CSV), le zéro initial est silencieusement supprimé, ce qui conduit à des erreurs d'attribution départementale invisibles. Tous les codes communes ont été normalisés à 5 caractères avant agrégation.
Ventilation des homonymes communaux. La commune "Saint-Denis" existe à la fois en Seine-Saint-Denis (93) et à La Réunion (974). Une agrégation par libellé seul confondrait les deux. La ventilation présentée plus haut s'appuie sur les codes communes, pas sur les libellés.
Trois limites doivent être lues en regard des chiffres présentés. Elles sont volontairement explicitées pour permettre au lecteur d'utiliser cette étude en connaissance de cause.
Le 5612Y est un code en migration. Diffusé depuis quatre mois et demi à la date du stock, il n'a pas encore été attribué à l'ensemble des food trucks réellement actifs. 94,7 % des établissements aujourd'hui en 5612Y proviennent d'une migration depuis le 5610C, et il est probable qu'un nombre indéterminé de foodtrucks restent encore à reclasser.
Le code APE n'est pas un indicateur fiable de l'activité réelle. Comme illustré plus haut, des établissements exerçant la même activité concrète peuvent être classés sous des codes APE différents (5610C, 5610A, 4781Z, voire 5621Z pour les structures à dominante traiteur), selon la déclaration faite à la création de l'entreprise. Le filtrage 5612Y ne capture que les établissements correctement déclarés.
Sirene est un registre légal, pas un capteur d'activité opérationnelle. L'étude répond à la question "combien d'établissements food truck légalement immatriculés en France" — pas "combien de food trucks tournent effectivement chaque mois". L'écart entre ces deux questions est par définition non mesurable depuis Sirene seule.
Ces trois limites se compensent partiellement (les fantômes statistiques tirent le chiffre vers le haut, les non-migrés et mal-classés le tirent vers le bas) sans qu'on puisse affirmer dans quel sens la résultante penche. Le chiffre 4 370 doit donc être lu comme un point de référence officiel et reproductible, et non comme un total absolu.
L'étude est intégralement reproductible. Toute personne disposant de Python et d'une connexion internet peut, en quelques heures, refaire la même extraction et obtenir les mêmes chiffres.
Les agrégats régionaux et départementaux présentés dans cette étude sont librement réutilisables sous Licence Ouverte 2.0, sous réserve de citer la source : "Étude wikifoodtruck.fr — Démographie food truck France 2026, à partir de la Base Sirene de l'INSEE (data.gouv.fr, Licence Ouverte 2.0)".
Les données nominatives détaillées (4 370 lignes avec SIRET, raison sociale, adresse) ne sont pas diffusées publiquement. Cette retenue répond à deux préoccupations : la protection des données personnelles des entrepreneurs individuels (la majorité des établissements food truck), et l'absence d'usage commercial de prospection dérivé d'une étude statistique sectorielle.
Cette étude pose un point statistique simple : au 1er avril 2026, la France compte 4 370 établissements food truck actifs, répartis sur 2 502 communes, principalement implantés sur l'arc méditerranéen et dans les territoires d'Outre-mer. C'est le premier comptage public, reproductible et libre du secteur établi à partir d'une nomenclature officielle dédiée.
Le chiffre n'est pas un événement. Il est légèrement supérieur aux estimations sectorielles les plus hautes en circulation, et nettement supérieur aux estimations basses qui figurent encore sur la plupart des sites d'accompagnement bancaires. Mais ce qui distingue cette étude des publications existantes n'est pas le chiffre lui-même — c'est la transparence méthodologique qui le porte. Toute personne souhaitant le contester peut refaire l'extraction. Toute personne souhaitant l'utiliser dispose de la traçabilité nécessaire pour le citer sereinement.
Au-delà du nombre, l'analyse révèle quelques traits structurels du secteur :
Au-delà du chiffre, l'apparition même du code 5612Y dans la nomenclature INSEE est une étape pour le secteur. Trop longtemps perçu comme une sous-branche indistincte de la restauration rapide, le food-truck dispose désormais d'une identité statistique propre. Cela apportera mécaniquement une visibilité plus précise au secteur — dans les études de marché, dans les conventions collectives, dans les conditions d'accès aux aides régionales et dans les statistiques sectorielles publiques. C'est, en un sens, une forme de reconnaissance institutionnelle d'un secteur qui s'était professionnalisé bien avant que les outils statistiques officiels ne s'adaptent.
Trois angles principaux n'ont pas été traités dans cette étude par choix de cadrage : la dynamique des créations 2024-2025, accessible via le BODACC ; la démographie juridique (formes sociales, statuts, holdings), accessible via le fichier StockUniteLegale ; et la cartographie individuelle géolocalisée des établissements, accessible via le fichier de géolocalisation Sirene. Chacun de ces angles fera l'objet d'études dédiées lorsque les conditions méthodologiques seront optimales.
Les chiffres présentés dans cette étude constituent une bonne base d'appui, mais ils méritent encore d'être affinés. Ils témoignent surtout d'un mouvement de fond : le secteur du food truck dispose enfin d'une branche sectorielle bien identifiée, ce qui est de bon augure pour la suite. C'est peut-être, plus encore qu'un comptage, une preuve de reconnaissance.
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Cette étude pose le décor statistique du secteur, mais chaque projet est unique. Si vous travaillez à structurer votre dossier, choisir votre véhicule, identifier votre zone d'implantation ou monter votre plan de financement, je peux vous accompagner avec dix ans d'expérience terrain et plus de 260 projets accompagnés.
Rapport publié le 2 mai 2026 sur wikifoodtruck.fr. Citation autorisée avec mention de la source : « François Van Den Bossche, wikifoodtruck.fr, mai 2026 ». Les données présentées sont issues de la Base Sirene de l'INSEE au stock du 1er avril 2026. L'étude sera mise à jour au fil de l'évolution du stock Sirene et du déploiement effectif du code 5612Y.